WHT TRSH


2017
13 dessins, graphite, crayon de couleur, stylo, 27,9 x ~17,4 cm ch.
Collection de l'artiste



Au sommet du désastre, l’absence du monde est un rêve d’anarchie, une sombre beauté. L’obscurité saturée et le grondement sourd des machines rendent compte du spectacle à venir : d’étranges postures à la lueur des torches, des arbres brisés chargés d’hommes, des armes de toutes sortes, des hangars qui brûlent, des éclats de révolte. Des cités d'orgies à la dérive. Des hommes aux visages phosphorescents comme une armée de fantômes. Des villes-cauchemars à l'écart des autres villes. Un chaos psychique se situant entre l'émeute et l'orgie.































TEXTE DE DAVID TOMAS SUR LA SÉRIE

The damned.
The lines are angry.
They stutter and gesticulate erratically. They growl and sputter across a surface that registers their existence and their future conditions of existence. They stammer, twist, hop, and snake across the space/time of white virgin pages, violating their innocence, vomiting out of their putrid mouths the silvery traces that are the birthright of their intelligence. They writhe across the white surface in resonance with the irrational, sordid desires of a history and paternity that is at their violent origin. That has made them what they are.
Those lines trace out the oozing, necrotic surface of a cynical world of pain, blood, and tears and register its existence like a colony of petrified maggots.
They are, as such, also witnesses to the systemic assassination of the bewildered innocence of stunned eyes as they confront the incomprehension of their extinction. Each matrix of lines and their coalescence of fragmentary emergent forms provides an abundance of complementary information on the consequences of a cynical putrefaction of contemporary social and political life. Their presence on the whiteboard of a virgin page violates its neutrality and gives form to an epistemology and aesthetics of disgust.
They are damned.
They are damned because of the dirty work that they do; because of how they bear witness and how they express the unexpressive, the inexpressible; because of how they exist in the throes of a violent death and are witness to the emergence of a new historical force and its will to power.
They are damned because of the way that they register the violence of that death and because of the way they expose to public view the actions of an emerging post-history and the secret desires and obscure plans of its consciousness.
Yes, but they are also damned because of the truth and bewildered innocence that they carry deep within their own sentience. For these lines are also witnesses to the incomprehension of their own extinction.

David Tomas



Les damnées.
Les lignes sont en colère.
Elles bégaient et gesticulent imprévisiblement. Elles grognent et postillonnent sur une surface qui inscrit leur existence et leurs futures conditions d’existence. Elles bafouillent, se tordent, sautillent et serpentent dans l’espace-temps des pages blanches et vierges, violant leur innocence, vomissant par leur bouche putride les traces argentées, droit inaliénable que leur confère leur intelligence. Elles se contorsionnent sur les surfaces blanches en résonance avec les désirs irrationnels et sordides d’une histoire, d’une paternité qui est à leur violente origine. Qui a fait d’elles ce qu’elles sont.
Ces lignes tracent les contours de la surface suintante et nécrotique d’un monde cynique composé de douleur, de sang et de larmes et constatent son existence telle une colonie d’asticots pétrifiés.
Ainsi, elles sont également les témoins de l’assassinat systémique de l’innocence perplexe dans les yeux ahuris qui confrontent l’incompréhension de leur extinction. Chaque matrice de lignes et la fusion de ses formes fragmentaires émergentes offrent une abondance d’informations complémentaires sur les conséquences d’un cynisme qui putréfie la vie sociale et politique contemporaine. Leur présence sur le tableau blanc d’une page vierge en viole la neutralité, donne forme à une épistémologie et à une esthétique du dégout.
Elles sont damnées.
Elles sont damnées en raison du sale travail qu’elles exécutent ; de la façon dont elles témoignent et dont elles expriment l’inexpressif, l’inexprimable ; de la façon dont elles existent en proie à une mort violente et dont elles sont témoins de l’avènement d’une nouvelle force historique et de la détermination de sa puissance.
Elles sont damnées en raison de la façon dont elles constatent la violence de cette mort et dont elles dévoilent à la vue de tous les actions d’une nouvelle posthistoire ainsi que les désirs secrets et les desseins obscurs de sa conscience.
Oui, mais elles sont aussi damnées en raison de la vérité et de l’innocence perplexe profondément ancrées dans leur sensibilité. Car ces lignes sont aussi témoins de l’incompréhension de leur propre extinction.

David Tomas

Texte publié dans ESSE arts + opinions, n° 93, 2018
Traduit de l’anglais par Catherine Barnabé